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André Uzan

Ancien universitaire

Créateur d’entreprise

La première perception d’autrui La première perception d’autrui

La première perception d’autrui.  Le sens des concepts

 

Toute rencontre avec autrui, préparée ou pas, professionnelle ou pas, déclenche notre système de perception d’autrui et provoque en nous des impressions, opinions, et réactions.

Ce système utilise nos sens (voir, sentir, etc.) mais ne les exerce pas au hasard ; il sélectionne les « indicateurs » à observer parce qu’il recoure à un système  de décodage, d’interprétation, qui va former notre impression, notre opinion et notre réaction éventuelle.

C’est ainsi, par exemple, que certains observerons d’abord l’apparence physique ou tel aspect de cette apparence alors que d’autres noterons d’abord l’attitude générale ou les premières expressions (paroles, voix, langage du corps, etc.).

C’est ainsi, aussi, que sur la base du même « indicateur », l’apparence physique par exemple, le décodage peut être différent ainsi que l’impression, l’opinion ou la réaction qu’il provoque chez le percepteur d’autrui.

Nous n’avons pas tous le même système de perception d’autrui parce qu’il résulte de notre héritage social (famille, école, religion, modèles identitaires etc.) et des modifications que nous y avons apportées par nos formations et expériences.

Et c’est cet héritage qui fait les forces et faiblesses du système de perception de chacun de nous ; c’est lui qui fait notre capacité à obtenir une perception juste et pertinente d’autrui ou une perception « distordue » et inexacte.

 

  1. Les forces de notre première perception d’autrui.

De nombreuses études ont montré la justesse et surtout la rapidité avec laquelle la plupart d’entre nous formons notre première impression sur autrui et, parfois, faisons des prévisions qui s’avèrent justes à des taux significatifs.

On cite des études particulières montrant que sur la base de photos faciales standardisées d’un moment, des observateurs ont pu justement prédire des résultats d’élection ou le niveau de situation sociale ultérieurement atteint par les photographiés. On a montré aussi que sur la base d’une écoute de quelques minutes d’une querelle d’un couple ou du discours d’un professeur on a pu prédire avec justesse le taux de divorce à venir et la qualité de l’enseignant.

Mais c’est en fait dans les situations les plus courantes que la justesse et la vitesse de cette première impression se manifeste et se révèle être la plus performante.

Lors de la première rencontre, chaque adulte sait quasi immédiatement et instinctivement déceler chez autrui la plupart des indicateurs prédicteurs de dangers et beaucoup savent déceler les indicateurs prédicteurs d’aide, de coopération, de compétences, etc.

D’ailleurs, chaque adulte rencontrant un autre pour la première fois a sans doute eu l’occasion de se faire une première opinion dans les toutes premières minutes de la rencontre et su percevoir immédiatement les 3 indicateurs précurseurs du futur de la rencontre : le plaisir de rencontrer, l’intérêt porté à l’interlocuteur, le désir de réussir la rencontre.

Et on sait combien comptent ces premières minutes dans les relations professionnelles (recrutement, vente, choix de partenaires, négociation, etc.)

 

  1. Les faiblesses de notre première perception d’autrui.

Notre perception peut être limitée, voire distordue, par l’un ou plusieurs des facteurs suivants :

 

2.1.- La « cécité » au changement.

Il ne s’agit pas de limites de vision à proprement parler mais bien de limites du système de perception. Nous ne prenons spontanément qu’une vue d’ensemble et rapide, principalement centrée sur les indicateurs jugés importants, et, par suite, nous  devenons « aveugles » à toute autre information qui peut se révéler très importante et en particulier aux signes « faibles » annonciateurs de grands changements. Cette cécité peut concerner une personne mais aussi une situation sociale ; elle fait la différence entre la première vue rapide et un examen exhaustif attentif aux détails.

 

2.2.-Les effets de « halo ».

On peut forger son impression  sur une base non pertinente et par exemple considérer comme honnête toute personne sympathique et comme efficace toute personne qu’on aime ; mais on peut aussi faire des erreurs plus difficiles à détecter.

Il est établi que les circonstances de la première rencontre contribuent fortement à la première impression et que l’on tend à juger plus positivement une personne rencontrée dans un climat de convivialité ou de coopération que dans un climat de conflit ou de compétition.

La perception chez autrui d’un caractère qui nous plait ou nous déplait peut « contaminer » l’impression générale que va nous donner la personne concernée et, réciproquement, une impression générale peut « contaminer »  l’opinion qu’il nous faut avoir sur telle ou telle qualité de la personne observée.

 

2.3. Préjugés et stéréotypes.

La première impression que l’on peut avoir d’une personne que l’on ne connait pas peut être « distordue » par certaines de ses caractéristiques que l’on n’apprécie pas ; par exemple par sa fonction, son statut, sont orientation sexuelle ou son appartenance à un groupe social.

Ce que l’on n’aime ou que l’on déteste chez la personne observée peut résulter d’expériences plus ou moins agréables ou traumatisantes mais aussi de préjugés et de stéréotypes admis plus ou moins consciemment.

Le préjugé est une opinion adoptée sans fondement, résultant d’une croyance a priori ou de la généralisation hâtive d’une expérience. C’est le postulat admis comme vérité qu’un petit nombre d’attributs définit la « totalité » de l’objet ou de la personne observée.

L’impression ou l’opinion ressentie dans sa relation avec une ou quelques personnes ayant telles caractéristiques personnelles ou professionnelles est généralisée à l’ensemble des personnes ayant ces caractéristiques ; plus grave encore, cette généralisation peut se faire sans expérience aucune et sur la base de la simple adhésion à des idées d’autres personnes. Le préjugé est plus souvent négatif que positif.

Le stéréotype résume en quelques qualificatifs l’ensemble des caractéristiques d’un groupe de personnes : les français sont chauvins etc. ; les X sont fainéants ; les patrons sont …. ;  les syndicalistes sont…,  etc.

Il est, lui aussi, basé sur des observations simplistes, sinon des a priori.

 

2.4. Les attentes et motivations de l’observateur.

Les attentes affectent la perception mais aussi prédispose à un type d’impression.

La cécité au changement et les préjugés ou stéréotypes nous incitent à ne voir que ce que l’on s’attend à voir. C’est ainsi que le raciste tendra à ne voir que les indicateurs de « race » ; et si l’indicateur n’est pas assez clair à ses yeux, il tendra à chercher des indices de confirmation de son préjugé plutôt que de remettre son préjugé en question.

C’est ainsi, aussi, que les supporters d’une équipe ne verront que les fautes commises par l’équipe adverse et que l’on voit « la paille dans l’œil du voisin et non la poutre dans le sien ».

Par ailleurs, chacun a pu constater qu’il n’était pas dans les mêmes dispositions d’esprit selon qu’il allait rencontrer un interlocuteur réputé chaleureux ou méprisant, coopératif ou agressif, apporteur de bonnes nouvelles ou de mauvaises, ayant fait connaître son opinion positive de l’observateur ou une opinion négative.

 

Conclusion.

 

En matière de première perception d’autrui comme en matière d’évaluation, nous avons tendance à nous prendre comme modèle et à ne juger comme positifs chez les autres que les indicateurs de nos valeurs, croyances et comportements.

Dès lors, vouloir affiner sa perception d’autrui, c’est-à-dire élargir sa vision, aiguiser sa perception et la rendre moins tributaire d’a priori, conduit à travailler sur soi dans les directions suivantes :

se connaître mieux pour réduire les faiblesses de la perception décrites ci-dessus ;

– tendre à considérer les différences présentées par les autres comme plus importantes que les ressemblances qu’ils ont avec soi.

 

Aucune reproduction, ne peut être faite de cet article sans l’autorisation expresse de l’auteur”.  A.Uzan. 6/09/2013