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L’aventure économique est un essai tentant de montrer, sur la base d’une histoire fictive :

-comment s’organise une collectivité sur le plan de l’économie ;

-comment elle choisit ses principes organisateurs, son système d’expression des besoins, de production, de répartition, etc.

-quels facteurs sont les déterminants de ces choix, etc.

C’est une fiction « pédagogique » qui reprend tous les articles partiels précédents portant sur l’économie.

 

 

L’aventure économique commence au petit matin, sur une ile déserte, pour la trentaine de survivants d’un terrible naufrage.

L’inquiétude qui habite les naufragés a tendu à les rapprocher les uns des autres et ils sont tous taraudés par la même question : que faire maintenant ? » Chacun sent confusément mais avec force, que l’action individuelle dispersée ne mène à rien, qu’il faut s’organiser collectivement ; d’abord définir un ou quelques objectifs communs puis se répartir les tâches nécessaires.

La discussion sur les objectifs et le choix des leaders a été houleuse, voire violente, mais a fini par aboutir et à répartir une série de tâches de survie plus ou moins choisies par les naufragés.

 

Les naufragés ont ainsi redécouvert les débuts de toute vie collective, qu’elle soit soumise aux menaces et dangers ou librement choisie ; des objectifs doivent être définis même sommairement et les tâches nécessaires réparties.

Un ou plusieurs leaders ont surement émergé et dirigent et contrôlent les productions et leur répartition.

 

En fait, ils ont construit un système sommaire d’expression des besoins, de répartition des tâches et de répartition de la production. Sous l’effet du danger et de l’urgence, c’est un système très centralisé (étatique), une sorte de kibboutz, non voulu, sans intention idéologique, mais imposé par les circonstances.

 

Les ressources de l’ile et le degré de « démocratie » des décideurs vont déterminer la durée de vie de ce système.

Imaginons que des ressources abondantes rendent moins urgents les préparatifs d’un départ, le système en cours va continuer quelques temps mais des tensions nouvelles vont naître. Elles vont être créées par l’égalitarisme de la répartition.  Les naufragés les plus compétents, les plus innovants, vont rejeter cet égalitarisme et exiger de plus en plus fort que leur production soit considérée comme ayant plus de valeur que celle de toutes les autres et que cela se traduise en termes de différences de revenus. Petit à petit, ils vont obtenir des avantages matériels particuliers et sans doute une plus grande place dans la direction de la communauté.

 

Un autre aspect de la répartition va sans doute devenir rapidement inadapté : le dépôt de la production de tous dans un centre collectif, contre accusé de réception indiquant une valeur et le droit de prélèvement sur la production collective.  L’absence d’un outil de mesure de la valeur produite et de l’échange (monnaie) tendant à devenir de plus en plus insupportable, les naufragés vont chercher à construire un système définissant une équivalence approximative entre la valeur des biens produits et une unité de mesure.

 

En fait les naufragés sont en train de changer de système d’expression des besoins et doivent créer deux systèmes différents : la plupart des naufragés vont exprimer leurs besoins directement auprès des producteurs devenus indépendants et les payer avec la monnaie créée ; mais une partie des besoins doit être satisfaite d’une autre manière ; les besoins des naufragés qui ne peuvent pas travailler momentanément ou définitivement, les besoins  des naufragés qui assurent la sécurité ou les soins ou l’éducation, ou l’entretien. C’est ce qu’on appelle aujourd’hui le système d’expression des besoins publics (secteur public) et dont le financement doit être assuré par prélèvements (impôts) sur les échanges marchands. Les deux systèmes d’expression des besoins vont de développer, l’un par l’actions des innovateurs et l’autre par l’action des agents publics, avec les tiraillements et les confits qu’on peut imaginer.

 

A un moment, un autre type d’acteur va apparaître, celui de courtier, en particulier en finance, certains vont avoir besoin de financement (les innovateurs, par exemple) et d’autres auront un peu d’épargne à placer. Le courtier va rapprocher ces deux besoins et devenir progressivement banquier.

La forme et la valeur de la monnaie vont se préciser et au bout d’un moment va se créer une banque centrale contrôlant les échanges financiers et la quantité de monnaie en circulation

Enfin un dernier type d’acteur va apparaitre ; « l’étranger » qui va conduire à développer les échanges entre l’ile et le reste du monde.

 

En fait, au cours de cette première étape de la vie dans l’ile, on a vu se construire les principales institutions qui régissent la vie d’une communauté :

-une institution qui définit les objectifs de la collectivité ; ici c’était une assemblée de leaders auto désignés, ce qui peut encore s’observer aujourd’hui, mais ce peut être aussi une institution d’élus plus ou moins démocratiquement.

– un système d’expressions des besoins et de répartition des tâches ; au début, c’était la négociation entre leaders et les autres naufragés qui réglait le problème, mais, aujourd’hui, cela pourrait prendre des formes multiples ; demandes payantes de naufragés à des producteurs indépendants, demande de « service public » des naufragés qui ne peuvent produire ou demande de moyens d’agir de la part de naufragés qui s’investissent dans la recherche de contacts ou d’échanges avec l’extérieur ».

 

Si le départ de l’ile est repoussé, commence la phase de l’amélioration des conditions de vie dans l’Ile.

Il s’agit de produire plus de biens et de services nécessaires aux naufragés, à des coûts-prix plus bas, sans épuiser les ressources naturelles de l’Ile.

Dans une collectivité sans échanges extérieurs (économie fermée), produire plus à des coûts-prix plus bas est la responsabilité des entrepreneurs indépendants. Réussir cela est limité par les ressources en outils et en main d’ouvre mais stimulé par les capacités de productivité (par exemple, produire plus par heure, grâce à des moyens techniques ou des accroissements de compétences, ce qui réduit les coûts et accroit les bénéfices).

Plus difficile est de répartir ces réductions de coûts entre les acteurs ; les entrepreneurs ont plus ou moins besoin de conserver une part des bénéfices qu’ils réalisent pour les investissements futurs et ils ont intérêt à accroitre la rémunération de leur personnel et à embaucher ; ces deux objectifs peuvent absorber la totalité des bénéfices des entreprises et ne bénéficier aucunement aux agents du service public et aux activités de services public.

Ceux-ci vont demander aux Responsables publics des augmentation de salaires ; et les Responsables publics vont devoir instaurer des impôts pour satisfaire cette demande, pour financer plus de services publics et de sauvegarde des ressources naturelles de l’ile, pour aider les entreprises à innover.

On se trouve au cœur de la principale « bataille sociale » de toute société ; comment produire de meilleures conditions de vie pour tous (on pourrait dire la croissance pour tous)

 

Le meilleur chemin de cette réalisation a été et reste le suivant :

-les entreprises innovent, gagnent en productivité et produisent moins cher puis partagent leurs bénéfices entre investissements futurs, accroissement de salaires, recrutements, impôts et baisse des prix.

En s’inspirant d’une formule célèbre, on pourrait dire « Les profits d’aujourd’hui sont les emplois de demain et les baisses de prix d’après-demain ».

L’impôt est nécessaire cependant pour financer tout ce qui n’est pas spontanément amélioré par ce processus : les services publics nécessaires, le revenu de ceux qui ne peuvent pas travailler, etc. mais son poids ne doit pas entraver le fonctionnement des entreprises, en particulier leurs investissements ; uns fois fixés les impôts destinés à la solidarité, le service public ne peut emprunter que pour faire des investissements.

 

Depuis un peu plus de 100 ans (Keynes) un autre chemin pour produire de meilleures conditions de vie pour tous est âprement préconisé et défendu par beaucoup, en particulier par les socialistes.

La préoccupation première concerne les conditions de vie des personnes et des plus démunis en particulier.

Les Pouvoirs publics créent le maximum de services publics en prélevant le maximum d’impôts sur les entreprises et sur les personnes qui peuvent payer et en recourant à la dette ; souvent, de plus, ils plafonnent les prix de ventes des entreprises.

« Les services publics et les impôts d’aujourd’hui seraient-ils les investissements et les emplois de demain et les baisses de prix d’après-demain » ? La formule peut s’appliquer pour certains services publics tels que la formation, les voies de communication, etc. mai pour le reste on peut avoir beaucoup de raisons d’en douter !

Les autres services publics ne sont que des produits de consommation dont les effets sur la production sont lointains et incertains. Imposer l’accroissement des revenus via le salaire minimal ainsi que l’accroissement des impôts pour financer les services publics fragilisent les entreprises, en particulier celles qui sont à la limite de la rentabilité, et provoque l’inflation.

Finalement le processus accroit un peu et provisoirement les revenus des bénéficiaires. Cependant, il ralentit très considérablement la création d’emploi, la création des biens et services nouveaux et pousse à la hausse plutôt qu’à la baisse des prix. Et la réduction de la dette publique est finalement obtenu par l’inflation.

 

Imaginons qu’aient pu être établies des relations d’échanges de biens et de services entre l’Ile et l’extérieur.

Le système d’expression des besoins doit désormais prendre en compte un autre aspect (la demande extérieure) et le système de répartitions des tâches tenir compte de l’offre extérieure.

La demande extérieure est synonyme de plus d’activité, de revenus et d’emplois pour certains offreurs locaux ainsi que plus de concurrence entre certains d’entre eux.

L’offre extérieure est synonyme de diversification des produits et services à disposition des résidents mais sans doute aussi de plus de concurrence avec certains offreurs locaux qui vont voir leur activité et leur emploi se réduire.

On voit que les effets produits par l’ouverture à l’extérieur sont contradictoires et que si on laisse les tendances se développer l’Ile ne va plus vendre que des produits locaux et sa dépendance à l’égard de l’extérieur va croître.

C’est la relation asymétrique entre pays développés et pays sous-développés que les Pouvoirs publics de l’Ile doivent manager.

Concernant les exportations, mettre des limites aux quantités à exporter et réserver les exportations aux coopératives de producteurs-exportateurs ; concernant les importations, choisir celles qui sont nécessaires et exiger que les exportateurs forment les salariés locaux à les produire sur place.

Dans tous les cas, il faut équilibrer les échanges autant que possible ce qui peut exiger que le pouvoir exerce sa régulation.

 

Si tout cela se développe bien, il peut arriver qu’une autre exaspération sociale s’exprime : l’écart de revenus entre les entrepreneurs et les salariés. Une « bataille sociale » va s’engager pour réduire cet écart. C’est la redistribution des revenus. Elle se traduit souvent par des prélèvements sur les entreprises pour financer des dépenses d’assistance et soulève le problème du bon équilibre à trouver entre entreprendre et financer le futur et assurer un revenu décent aux salariés publics ou aux personnes qui ont besoin d’assistance.

 

 

Source : diverses

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Aucune reproduction ne peut être faite de cet article sans l’autorisation expresse de l’auteur.  A. Uzan. 23/05/2026