Make America Great Again. Ce slogan de D Trump traduirait bien les objectifs de l’important article publié par McKinsey « At 250, sustaining America’s competitive edge ». (Après 250 ans, maintenir l’avantage concurrentiel américain)
L’article présente ce qu’est devenu, en 250 ans, un ensemble de colonies agricoles : la plus grande et la plus influente économie du monde.
Puis il liste les échecs et insuffisances des USA.
Enfin il propose des lignes d’actions pour maintenir l’avantage concurrentiel.
- D’un ensemble de colonies agricoles à la plus grande économie du monde
Depuis la dissolution des liens d’avec la GB, en 1776, l’ensemble des colonies agricoles d’alors est devenu la plus grande et la plus influente économie du monde, comme le montre le schéma suivant :

-Les entreprises américaines réalisent 26% de la production mondiale, la moitié de la capitalisation boursière mondiale, 76% des innovations les plus influentes, 51% des modèles d’IA, 27% des dépenses en R et D.
-Le niveau de vie moyen a dépassé celui de toute autre grande nation, malgré les guerres, récessions, dépressions et pandémies.
-Les USA possèdent les entreprises leaders mondiales et se distinguent par la taille du PIB, la productivité du travail, la part des 100 premières entreprises, le capital-risque, les modèles d’IA et les scientifiques très cités.
-Ils ont conçu de grands modèles d’IA et réalisent 27% des recherches-développement du monde.
-Les universités et les start-ups soutenues par le capital-risque attirent et développent les esprits les plus brillants du monde entier.
McKinsey considère que les facteurs déterminants de cette performance sont les trois suivants : une culture de l’ambition et de la réussite individuelle, une dotation en ressources naturelles abondante et des institutions encourageantes.
-Depuis leur création, les États-Unis ont eu une culture entrepreneuriale qui a servi de fondement à la compétitivité : une volonté de prendre des risques, une acceptation des nouvelles idées et des nouvelles personnes, et une volonté de progrès économique. Les immigrants ont apporté de nouvelles idées et innovations.
-Ils ont développé les technologies de réseau et de connectivité plus rapidement que leurs pairs.
-Ils ont adopté l’IA générative encore plus rapidement que les technologies transformatrices antérieures.
La compétitivité économique américaine a été fondée sur l’abondance agricole, l’influence industrielle, la force scientifique et le dynamisme numérique
-La culture entrepreneuriale a encouragé le développement de nouvelles formes de gouvernance encourageantes.
Les institutions américaines ont intégré la culture entrepreneuriale, soutenu et renforcé l’esprit de prise de risques, de protection de la propriété intellectuelle et de promotion des marchés et de la liberté individuelle.
-Le système éducatif américain a produit une main-d’œuvre bien éduquée et dynamique, instaurant une éthique d’amélioration constante.
-Ils ont affiché le taux d’éducation le plus élevé et instauré des règles peu rigoureuses du marchés du travail.
-Leur système financier a été un facilitateur de la culture entrepreneuriale.
-Les infrastructures ont également contribué à la compétitivité américaine ; ils disposent du deuxième plus grand système de fret domestique au monde, incluant le plus long réseau ferroviaire de fret et le deuxième plus long réseau routier.
-Des ressources naturelles abondantes ont permis des avancées rapides dans l’industrie, la science et la technologie. -L’esprit entrepreneurial a été également codifié et renforcé par de solides droits de propriété et des institutions pro-marché, et a été renforcé au fil du temps par les systèmes éducatifs et financiers.
Reconnaissons que la performance est exceptionnelle mais elle comporte aussi des échecs.
- Les échecs et insuffisances.
– Le leadership manufacturier américain a reculé au bénéfice de la Chine.
La Chine est devenue une puissance de production manufacturière et d’exportations (50% de la production manufacturière mondiale, contre 11 % pour les États-Unis). C’est aussi le leader mondial des industries complexes et à forte intensité de capital (véhicules électriques et le photovoltaïque et de robots).
Elle dépasse les États-Unis dans la recherche en matière de l’apprentissage automatique, les capteurs quantiques, la conception et la fabrication avancées de circuits intégrés, l’IA adversaire, le traitement du langage naturel.
Elle diplôme plus d’ingénieurs que les USA, en valeur absolue comme en % de la population.
-Les USA se sont orientés vers les services, laissant se réduire de moitié l’emploi manufacturier, croitre les emplois hautement qualifiés dans l’économie du savoir et les emplois de services moins qualifiés.
Cette orientation l’a rendue importatrice nette, avec un déficit commercial autour de 3 % du PIB.
D’autres insuffisances s’observent :
-Une dette nationale croissante, des infrastructures érodées, des résultats en baisse aux tests, un déclin du savoir-faire manufacturier, et des disparités persistantes de revenus et de richesse.
-Parmi les grandes économies, les États-Unis présentent l’un des plus grands écarts de revenus entre les 10 % les plus riches et les 50 % les plus pauvres.47
-Les rendements élevés des actifs financiers ont produit des niveaux très élevés de richesse pour les ménages à hauts revenus,
-Ces éléments ont contribué à un sentiment croissant chez de plus en plus d’Américains qu’ils ne pourront pas atteindre leurs objectifs économiques.
- Les lignes d’actions pour « Make America great again ».
Mckinsey propose cinq objectifs fondamentaux pour maintenir la compétitivité américaine.
- Plus de main-d’œuvre compétente, en particulier en IA.
-Former plus en IA.
-Arrêter la réduction du taux de réaffectation des emplois et restaurer la mobilité géographique.
–Augmenter le nombre total d’heures travaillées malgré le vieillissement de la population active.
-Lutter contre les pénuries prévisibles de main-d’œuvre et les pénuries d’ingénieurs en réalisant les actions suivantes :
–Commencer à construire des robots et former des agents ;
–Elargir les opportunités de travail à distance, le recrutement pour des compétences plutôt que pour les qualifications et la simplification des licences professionnelles
–Organiser des co-investissements entre entreprises et programmes publics pour développer la formation (bourses, subventions de recherche, etc.)
-Atteindre de meilleurs résultats scolaires tout en conservant les principes de l’éducation générale.
-Faire que le système universitaire américain reste le plus fort au monde.
- Plus d’investissement à long terme
–Attirer le capital financier pour développer les entreprises et repousser les limites du savoir.
–Réduire la dette nationale américaine qui menace la confiance des investisseurs (les intérêts dépassent les dépenses de défense)
–Compenser la baisse de l’épargne économique provoquée par le vieillissement de la population.
–Réduire les taux d’intérêt.
- Plus de capital.
-Trouver plus de capital pour mieux financer la production, la distribution et les infrastructures d’électricité et renforcer la capacité de production de biens critiques.
-Réduire le niveau d’endettement qui pénalise l’investissement.
–Canaliser l’épargne vers les investissements au lieu de rechercher des rendements financiers.
4. Renforcer ce qui répond aux besoins des futures technologies
-Développer la production d’électricité à un rythme inédit à ce jour.
-Renforcez la collaboration entre les producteurs d’électricité et les opérateurs régionaux de réseau afin que l’offre suive la demande.
–Déployer les technologies existantes, notamment les systèmes de réponse à la demande, le stockage et des technologies d’amélioration du réseau qui aident, par exemple, à mieux gérer le réseau lors des événements météorologiques.130
-résoudre les goulots d’étranglement côté offre via la réforme des permis et accélérer la collaboration entre régulateurs, investir pour étendre la production d’équipements rares tels que les transformateurs, et offrir des formations ciblées aux compétences pour les ingénieurs et ouvriers du bâtiment.
5. Plus et de meilleures infrastructures.
Les investissements d’infrastructures ont diminué et des lacunes notables sont apparues, par exemple dans les transports. Et de façon générale, les infrastructures américaines sont devenues médiocres.
-Il faut faire face aux demandes accrues qui vont apparaître avec les besoins d’irrigation, de systèmes de drainage, des inondations et de l‘accroissement de la climatisation.
-Restaurer routes, ponts et autres infrastructures de base, accélérer la construction des infrastructures de transport et numériques, rationaliser les processus et investir dans des formations spécialisées pour les ingénieurs et ouvriers du bâtiment.
-Pour réduire les coûts à long terme, intégrer les technologies numériques dans les systèmes d’infrastructure.
Les biens critiques essentiels à la résilience des chaînes d’approvisionnement et à la sécurité nationale semi-conducteurs, ingrédients pharmaceutiques actifs spécifiques sont nécessaires pour produire des antibiotiques salvateurs ; Des batteries spécialisées à haute capacité maintiennent nos systèmes de transport et de défense opérationnels.
Les deux tiers des importations de biens sont exposés à une ou plusieurs des trois dépendances commerciales : importations critiques, approvisionnement concentré et fournisseurs géopolitiquement éloignés.
Certains des biens les plus exposés sont des matériaux essentiels à la sécurité économique, comme les terres rares, dont dépendent les systèmes d’énergie et de défense. Les États-Unis s’approvisionnent en Chine 70 % de leurs terres rares (et 99 % des terres rares lourdes).
-Les produits manufacturés critiques dans diverses technologies sont également à risque.
Les trois plus grandes expositions de produits sont les smartphones (56 milliards de dollars d’importations en 2024) et les ordinateurs portables (48 milliards de dollars), essentiels à la vie quotidienne pour des millions de personnes, suivies par les batteries lithium-ion (22 milliards de dollars), largement utilisées dans ces produits et d’autres produits électroniques grand public, le transport électrique et le stockage d’énergie à grande échelle.
Sécuriser l’approvisionnement en produits critiques, produits ou importés car les entreprises, mondialisées, n’ont pas cette préoccupation.
-l’Amérique doit investir dans de nouvelles capacités de production, nécessitant une empreinte industrielle fondamentalement remaniée et augmenter la production nationale équivalant aux importations actuelles : doubler la production d’instruments médicaux et scientifiques, multiplier par 5 celle des machines, et par 6 l’électronique Pour certains autres produits, voici les taux d’augmentation nécessaires : 13 fois pour les ordinateurs portables, 17 pour les smartphones et 26 pour les gants médicaux.
-Attirer plus d’IDE (Investissements étrangers directs car ces IDE transmettent également des connaissances et stimulent l’investissement intérieur.
On peut être frappé par la ressemblance qui ressort entre les situations économiques des Etats Unis et de la France.
Toutes proportions gardées, la France aussi a réussi une réelle performance depuis la fin de la deuxième guerre.
Mais les types d’insuffisances à combler sont semblables et concernent les domaines suivants :
-l’équilibre industrialisation -commercialisation ;
-le déficit commercial ;
-les infrastructures ;
-la formation ;
-la dette, etc.
C’est que les règles économiques sont valables partout et, à ce titre, les lignes d’action proposées peuvent inspirer les décideurs français.
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Aucune reproduction ne peut être faite de cet article sans l’autorisation expresse de l’auteur. A. Uzan. 31/05/2026